PARANOÏA
Steven Soderbergh

EnterreSteven Soderbergh aurait pu (vraiment, cette fois) raccrocher les crampons après l’incroyable fresque de The Knick, qui constitue sans doute le pic artistique de sa carrière. Mais non, le réalisateur semble intarissable, et revient pour la énième fois avec cette fois un film gadget, tourné intégralement avec un iPhone3. Au-delà de la laideur, assumée semble-t’il, de l’image, et de quelques angles de vue plus amusants que sidérants, on constate une fois de plus que Soderbergh n’est jamais aussi bon que quand il se contente de faire le job, sans audace formelle. De ce point de vue, on lui doit ces dernières années le beau portrait multiple de Contagion, et la charge légère sur le milieu pharmaceutique d’Effets secondaires, thriller malin à souhait. Ici, sur un scénario maigrelet, il s’en prend au milieu vérolé des cliniques psychiatriques et surfe un peu maladroitement sur la vague médiatique du harcèlement. Alors que Soderbergh aurait sans doute pu (du?) trouver une résonance entre l’utilisation de son outil et la vérité (celle de l’héroïne, celle du journaliste infiltré dans la clinique) en rebattant les cartes du found footage, il se contente de s’amuser avec son jouet sans susciter chez le spectateur le moindre trouble. De ce point de vue, on préférera se replonger dans le cauchemar construit de toutes pièces par Barry Levinson il y a quelques années avec le faux documentaire The Bay (filmé par téléphones portables, caméras de surveillances etc.) ou le très beau dernier film de John Carpenter (2010), The Ward, qui traite de la paranoïa en milieu psychiatrique avec autrement plus de tension.

François Corda

| 11 juillet 2018 | Etats-Unis

 

 

 

08/20

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