THE LIGHTHOUSE
Robert Eggers

EnterreThe Witch n’avait pas grand-chose à dire (malgré une vraie tendance blablateuse) mais il avait au moins quelques plans frissonnants à nous faire partager. Il fallait donc être un tantinet de mauvaise foi pour ne pas attendre avec une certaine fébrilité le retour de Robert Eggers, de surcroît entouré de Robert Pattinson et Willem Dafoe. The Lighthouse renoue sans surprise avec la fibre arty de The Witch, s’ornant cette fois d’un 4/3 très joli mais ne servant (comme souvent) strictement à rien. Et que le noir et blanc de Jarin Blaschke soit lui aussi somptueux est aussi insuffisant qu’indéniable : le minimalisme narratif d’Eggers (déjà souligné dans The Witch et poussé ici à son paroxysme) confine à l’obstination de principe.

Ce qui est intéressant, c’est que l’accueil dithyrambique réservé au film par la presse spécialisée (Les Cahiers, Les Inrocks, La Septième Obsession et Télérama sont en extase quand ils se montrent en général peu concernés par le genre horrifique) en dit long sur leur vision de ce type de cinéma : derrière la barbarie de l’image, on doit savoir penser et se montrer étrange. Mais faudrait-il encore que The Lighthouse puisse s’apparenter à du cinéma de genre.  Son marin atteint de flatulences nous lance une piste : The Lighthouse serait plutôt au genre horrifique ce que La Soupe aux choux est à la science-fiction, c’est-à-dire un appendice, rien de plus. Car The Lighthouse flirte plus volontiers avec le psychédélisme et le cinéma expérimental. Mais Eggers sacrifie tout au nom de la bizarrerie (son histoire, celle de ses personnages, des coquilles vides) jusqu’à noyer le potentiel d’épouvante (la paranoïa, l’affrontement physique et psychologique) derrière une répétition inlassable de gestes (Pattinson sous la flotte, esclave de Dafoe, récure, cuisine, porte, s’épuise) et de situations (les dîners éthyliques, les engueulades, les réconciliations), entrecoupé de quelques saillies poétiques niveau CE2 (les apparitions d’une sirène poisseuse).

Heureusement qu’Ari Aster est là pour nous prouver que l’on peut encore marier hautes ambitions lyriques et pure sauvagerie : sans lui, il nous semblerait qu’il n’y a plus guère d’espace dans le cinéma d’horreur entre le recyclage industriel décervelé (prochaine victime annoncée : Candyman) et la prétention lyrique un peu vaine d’un Robert Eggers ou d’un Jordan Peele (tendance Us plus que Get Out, qui, déjà, faisait débat sur BUB).

François Corda

| 18 décembre 2019 | Etats-Unis ; Canada


 

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