INNA DE YARD
inna de yard

Nouvelle galette fraîchement pressée doublée d’un documentaire, tous deux éponymes, le jardin partagé d’Inna de Yard est à nouveau ouvert à la visite mais attention ! Gare aux épines, son exploration ne se fera pas sans heurts. Si les intentions et l’énergie du premier album Soul of Jamaica en 2017 demeurent intactes, la musique du collectif se fait plus poignante, saisissante par à la fois son absolue simplicité dans la forme et la force des mots qui s’en dégage. Morceaux acoustiques, les quelques histoires qui composent Inna de Yard, souvent dramatiques, résonnent par le truchement de vibrations fondamentales et remuent délicatement les tripes à coup de pioche. Sous le couvert de chansons d’apparence modeste, presque anodine, ce sont les voix qui sont mises à l’honneur, à travers lesquelles transpirent des expériences de vie. Toute l’histoire du reggae est là, entre le gospel, le ska et la soul, et tout son sens aussi, entre tragédie et mysticisme. Ici le collectif reprend de façon posthume Matthew Mc Anuff – fils assassiné de Winston – dans le prophétique « Be careful », de ce côté-ci Cédric Myton témoigne d’une absolue obligation de résultat – pas de pêche, rien à manger pour le pêcheur et les siens, et ce chaque jour – dans « Row Fisherman », là encore Derajah pleure  sa sœur victime d’une violence aveugle dans « Tribute to my sista »… Sous le soleil qui baigne l’île paradisiaque, la misère n’est pas plus supportable qu’ailleurs, mais au final, il en ressort une formidable résilience et le plaisir d’un jam dans une arrière-cour.

François Armand

Inna the yard / inna de yard (France – Jamaïque | 10 juillet 2019)

 

 

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