DOMINIQUE FILS-AIME
nameless

Une apparente simplicité, une économie de notes, un blues délicat, tels sont les différents atours dont se pare Dominique Fils-Aimé pour créer une proximité immédiate avec son public. Des voix surgissent du silence, s’additionnent et soudainement emplissent tout l’espace. L’ancienne chanteuse de télé-réalité se forge ainsi avec Nameless une identité forte et sans compromis autour d’un style très personnel. La puissance du  blues de la Montréalaise tient à son dépouillement, sa force se situant dans toutes les subtilités qui habillent l’œuvre, à l’instar des textes interprétés. De fait, la poésie de Dominique Fils-Aimé invite l’auditeur à chercher un sens au-delà des mots. En encadrant son œuvre d’une part avec une chanson évoquant avec force les victimes du racisme, (« Strange fruit » interprétée par Billie Holiday d’abord, une première en ce qui concernait la chanson contestataire avant-guerre, puis Nina Simone dans les années soixante, en pleine période des droits civiques) et d’autre part « Feeling Good » (d’ailleurs au répertoire de Nina Simone aussi), standard plus léger, apaisant après tant de lutte, chanté de façon très ténue, l’artiste invoque un héritage, rappelle ce qui a construit sa culture musicale et politique et ose sa propre écriture, inspirée par les poèmes de la militante des droits civiques Maya Angelou. Elle demande donc à être jugée à l’aune des œuvres qu’elle revisite. A la recherche des origines de sa musique, la chanteuse la dépouille pour n’en extraire que son essence, une musique très directe et intime , à l’image d’une humanité enfin débarrassée de ses oripeaux sociaux : forte au-delà des genres ou des couleurs de peau.

François Armand

Dominique Fils-Aimé / nameless  (Canada | 2 février 2018)

 

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