LOVING
Jeff Nichols

EnterreA-t-on définitivement perdu Jeff Nichols ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer, mais on pouvait espérer qu’après le raté Midnight Special, ce dernier se referait une santé avec ce mélodrame de facture classique ; or Nichols déçoit encore. Qu’est-ce qui cloche dans Loving ? Ce n’est pas tant l’absence de tension d’un scénario cousu de fil blanc que l’académisme avec lequel le réalisateur Américain retranscrit cette énième histoire de racisme, ici implantée dans les années 60. Un racisme qui, soit dit en passant, aura d’ailleurs rythmé cette année le cinéma outre-Atlantique (Get Out, Détroit, I am not your Negro), visiblement hanté par l’arrivée au pouvoir d’un Trump symbolisant toutes les plaies ouvertes d’un pays encore très fragile sociologiquement. Dans ce cas précis, Nichols ne parvient pas, comme dans ses trois premiers longs métrages, à transmettre son amour du Sud des Etats-Unis, sa torpeur, son climat étouffant. On a enfin l’impression qu’à vouloir fuir à tout prix une émotion facile et factice, Nichols prend trop de distance avec ses personnages, jusqu’à rendre leur calvaire presque aseptisé. Il fallait donc bien toute la subtilité d’un Joel Edgerton et de sa compagne à l’écran, Ruth Negga, pour nous éviter de plonger dans un ennui poli.

François Corda

 

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