BLACK METAL
sélection printemps 2020

Ce printemps étrange fait résonner les sempiternels cris de désespoir de manière bien particulière, entre victoire, avec une nature et des animaux en reconquête d’un territoire spolié par les humains, et amertume, lorsque la maladie frappe partout. Échos du monde d’avant, les suppliques extrêmes semblent plus que jamais une catharsis avant l’heure.

Perdu dans les viscères de la ville, royaume sur lequel d’autres familles de la musique extrême règnent habituellement (le hardcore en tête), Tombs hante les rues de Brooklyn comme si c’était une forêt scandinave, célèbre des rites inquiétants dans le métro comme s’il abritait une quelconque nécropole antique. Une impression de fureur et de vitesse prédomine, car l’album Monarchy of Shadows reste tout de même un uppercut bien citadin, chevalière comprise, entre riffs bétonnés, paysages sonores construits sur un imaginaire fantasmé et un penchant délicieusement coupable pour une décadence tout à fait gothique.

La Suisse, ses paysages bucoliques, ses horloges, ses banques et… son metal indus ! A l’instar de Samaël, Borgne a intégré dans sa musique de l’électro, en faisant une mixture black et indus la plus sinistre qui soit. Y pourrait être un album simple, voire parfois presque facile d’accès avec ses machines presque rassurantes, mais c’est un piège ! Une fois l’auditeur empêtré dans les rets de cette toile malfaisante, c’est là que les compositions se font plus complexes et tordues, comme autant de tourments infligés avec perversité.

Très loin d’ici, dans quelque lieu reculé – à moins que ce soit plutôt un sombre recoin de la psyché humaine – de terribles messes sont célébrées. Au milieu de l’Enfer et du chant des démons innombrables, la musique de Necrowetch est rendue horriblement fascinante par cette capacité à – par instants – baisser les tempos. Leur black metal prend alors la pesanteur écrasante du doom, cette lenteur trompeuse laissant tout loisir à des riffs tout à fait captivants de produire un solide travail de sape, explosant les dernières défenses avec les blasts traditionnels entonnant leur gigue infernale.

Drapé dans une gravité un brin pompière, et ce non sans ironie, Grave Circles impose une litanie sombre et crasseuse. Ainsi, en rampant au fond du caveau, le moindre rayon de lumière prend des allures de miracle. L’espoir sera de courte durée, alors qu’aussitôt la brutalité implacable reprend le dessus. Les humains errent dans l’ignorance et quand la connaissance leur tombe dessus, rares sont ceux qui en sont dignes. Les Ukrainiens étayent leurs réflexions en s’attachant à maîtriser un style classique, base solide pour laisser libre court à de nombreuses expérimentations aussi lancinantes que dissonantes, reflets d’une introspection profonde.

François Armand

Tombs / monarchy of shadow  (Etats-Unis | 28 février 2020)

Borgne / y (Suisse | 6 mars 2020)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Necrowetch / the ones from hell   (France | 14 février 2020)

Grave Circles / tome ii  (Ukraine | 8 mai 2020)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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