MAHOM
interview

RevueDans un café de la petite couronne Parisienne, le week-end démarre tout juste et les tables se remplissent. Tout sourire, Joris et Antoine, autrement dit Mahom, formation dub hexagonale qui vient de sortir King Cat, un nouvel album haut en couleurs, disent tout au Bub sur les mystères du dub, les énergies, Lara Fabian et bien entendu… le roi chat !

François Armand : Quels sont vos rôles respectifs au sein du groupe ? Sur scène ?

Joris : Moi pour ce qui est du live, je m’occupe de toutes les parties mélodiques, je mets des effets dessus. Je lance les basses, les voix, les pianos, ce genre de trucs. Pour ce qui est de la composition, je compose au même titre qu’Antoine.

Antoine : Du coup, moi au niveau du live, je m’occupe de toute la partie rythmique, tout ce qui est batterie. Pour les compositions, on fait à deux : soit chacun de son côté, soit tous les deux en même temps. Pour ça, il n’y a pas de rôle prédéfini. C’est vraiment juste pour le live que l’on a un rôle qu’on ne change pas.

F.A. : Entre l’électro, le reggae, le punk, quelle route on emprunte pour arriver au dub ? Ou peut-être y arrive-t-on directement ?

J. : Moi dans l’ordre, ça a fait le reggae d’abord, ensuite techno et très rapidement derrière punk. Voilà comment chronologiquement les styles musicaux sont apparus dans ma vie.

A. : Et moi, c’est plus chanson française, chanson du monde, et paf dub avec la rencontre de Joris.

F.A. : le punk a une histoire avec le dub, surtout en France. Est-ce plutôt par l’histoire du punk anglais ou est-ce par l’état d’esprit… ?

: Ce serait plus au niveau du spirit. Comment c’est apparu dans ma vie ? Comme on le disait parce que je me suis mis à en écouter. Surtout les trucs français au début : les Béru, les Sales Majestés, les trucs comme ça… Après c’est plus dans l’état d’esprit que je me suis reconnu, que finalement il y a du punk. J’ai compris avec le dub qu’il ne fallait pas nécessairement avoir l’air d’un dubber pour faire du dub. Je trouve que c’est tellement vrai pour le punk. Pas besoin d’avoir une image de mec punk pour faire du punk. Tout se joue dans la tête et pas sur la tête. C’est ça que je trouve très cool. Je trouve qu’il y a certains autres styles musicaux où c’est plus difficile de s’affranchir de l’image qui va avec. Du coup il faut avoir un style qui va avec. En fait là, nous on s’en fout, on est Joris et Toinou, on fait ce qu’on aime et pour moi c’est ça qui est punk.

F.A. : L’album King Cat est assez protéiforme, vous imposez des univers forts sur chaque morceau.  Si on revient un peu sur le processus de création, quel est le point de départ pour créer ces univers-là ?

A. : Les points de départ. Ils sont multiples. Déjà on ne s’est pas dit : « ok il faut qu’on fasse un album, du coup on a telle idée, du coup on fait ça ». C’est l’inverse, on travaille des sons parce qu’on est en recherche permanente. On travaille constamment sur des nouveaux sons, on en garde certains, on en élimine et du coup on en a développé d’autres. Chaque son a sa propre essence. Comment on les crée ? Soit on part d’accords de musique, soit d’un sample, soit on part d’une voix, soit d’une basse. Les essences sont plus sur le premier instrument qu’on va prendre. Ce qui est intéressant, c’est que dans notre processus de création, c’est que si on travaille par exemple un sample de voix, lorsqu’on termine la chanson, ce n’est pas dit que le sample de voix y soit encore. Nous, on s’en est servi pour créer quelque-chose, ça nous a amené à un chemin. Ce travail autour d’un son, ça peut prendre un mois comme ça peut prendre deux ans.

F.A. : C’est une sorte de voyage en fait. A quel moment sait-on qu’on a trouvé le son ?

J. : Moi j’ai envie d’exprimer ça d’une certaine manière et de dire que c’est un truc énergétique. Il y a un moment où l’on ressent quelque chose comme si le son était une boule, et que tout à coup elle était prête à s’ouvrir. C’est à ce moment-là qu’on se dit que le son approche de la fin. Quand il vibre au-delà de l’ordi, lorsqu’il arrive à rentrer dans nos oreilles et à procurer des émotions, en fait là on est en train de toucher le truc. Une fois qu’on a trouvé ce moment-là, tout s’enchaîne très très vite.

F.A. : Aujourd’hui, y a-t-il un héritage du reggae que vous vous appropriez ?

A. : Ben du coup, du reggae, en terme strictement musical, il y a la rythmique, souvent basée sur la même chose. Il y a les skanks, la guitare sur les contre-temps, une basse assez lourde, assez grave. Voilà pour la partie strictement musicale. Ensuite dans le spirit, il y a ce moment où le chanteur trouve une espèce de transe dans un groove ultime. En fait c’est ça que, soit on essaie de retrouver via les chanteurs, soit via des instruments digitaux, numériques : d’arriver à retrouver ce groove. Oui c’est ça, arriver à retrouver cette alchimie-là.

F.A. : Sur les morceaux où il y a des interprètes justement, est-ce que ce sont des personnes que vous invitez par rapport à un morceau ?

J. : Pour les « vrais » chanteurs, s’entend ceux qui ne sont pas samplés et qui ont réellement enregistré, on a commencé par la musique, et après ils ont posé leur voix dessus. Ou un élément de musique. A l’inverse, il y a des samples qu’on a pu prendre, et on a construit le morceau autour.

F.A. : Quel est l’apport du chant sur ces morceaux-là ? Quand vous invitez un artiste, vous avez une  idée, une attente ?

A. : On arrive à un morceau que l’on trouve vraiment cool. On se dit alors : « qu’est-ce qu’il nous faut d’autre ? ». Parce que du coup on a un énorme squelette. Qu’est-ce qu’il nous faut d’autre ? Des fois c’est le chant. On va se mettre à chercher un chanteur qui va être dans la vibe du morceau, dans la vibe dans laquelle on l’a composé. Ensuite vient un processus de création avec le chanteur. Ensuite, comme sur le morceau « Digital bathness » avec King Cross, il y a souvent une relation d’amitié entre nous et les chanteurs. On essaie de privilégier l’humain, plutôt que des mails à l’autre bout du monde. Du coup, on a travaillé avec lui un bon moment, il nous a fait plusieurs versions. On lui expliqué notre ressenti, comment on était. Lui nous rend sa copie, pour nous c’est ok et ça part en mix. A la base le morceau sonne d’une certaine manière, une fois que le chanteur arrive, ça va prendre une autre direction, parce que lui va proposer de nouvelles choses. La voix c’est très organique, donc soit c’est pile dans la direction dans laquelle on était, soit comme dans 90 pour cent du temps, c’est une autre direction et c’est génial parce que ça vient de lui, du profond de son être. C’est là où c’est intéressant.

F.A. : « Le temps de l’amour »,reprise de François Hardy. Antoine, c’était une chanson qui faisait partie de ton panthéon ?

A. : Oui c’est ma marraine… Non non non (rires) ! J’adore la chanson Française. Françoise Hardy, Balavoine, Cabrel, Céline Dion, Lara Fabian…

J. : Euuuh… Lara Fabian…

A. : Quoi, qu’est-ce qu’il y a (rires) ? Quoi Lara Fabian ? Chacun son truc !

J. : C’est pas commun on va dire.

A. : C’est ce qu’écoutait ma mère. J’ai appris à écouter les paroles et à avoir une autre vision des choses. Mais « le Temps de l’amour » c’est vraiment Joris pour le coup.

J. : C’est moi qui ai enregistré Luiza. J’aime bien les chansons de François Hardy, c’est un truc qui me touche. Cette chanson en particulier, je l’ai redécouverte quand Luiza est venue à la maison. Elle me l’a fait écouter, on s’est dit qu’il fallait qu’on fasse une version dub. Luiza chante très bien, après il fallait la remettre au goût du jour en dub un peu électro, un peu atmosphérique, assez lourd. Ce texte est magnifique, sur l’amour, l’amitié et la nostalgie. Ca colle de ouf. C’est important de tenter des trucs, de faire des mélanges. En plus dans le dub, c’est très souvent en anglais. Autant il peut y avoir du reggae Français, mais le dub c’est très Anglais. J’étais ravi de travailler sur un morceau en Français qui cartonne, qui est puissant.

F.A. : Pensez-vous qu’un jour, les chats finiront par dominer le monde ?

(rires)

J. : Est-ce que tu ne crois pas qu’ils le dominent déjà ?

A. : Pour eux, nous ne sommes que les dieux croquettes et câlins. Mais en fait non, ce sont eux les dieux parce que les chats sont très malins, ils ont même inventé un langage. Ils miaulent avec les humains, alors qu’entre eux ils ne miaulent pas. Véridique. Mais bien sûr qu’ils vont dominer le monde.

François Armand

Mahom  / King Cat (France | 22 mars 2019)

Copyright photo : A. Darricau

 

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