THE THIRD MURDER
Hirokazu Kore-Eda

Alors que Kore-Eda vient de remporter la palme d’or avec Une affaire de famille, on peut revenir sur les promesses et les déceptions qu’offrait The Third Murder, sorti il y a seulement quelques semaines. Les promesses, ce sont d’abord celles d’un réalisateur qui cherche enfin à réinventer son univers (jusque là dédié presque exclusivement à la famille) en distordant celui, très codifié, du thriller. Jeu de masques (les multiples facettes du tueur s’emboîtent comme des poupées russes), jeu métaphysique surtout, où le casse-tête japonais se substitue admirablement au suspense. The Third Murder a ses éclairs de génie : notamment toutes les scènes où les avocats font face à ce client aussi insaisissable qu’une anguille (jusqu’à frôler parfois un comique lunaire dont le cinéma asiatique a le secret), sont autant d’opportunités pour Kore-Eda de se frotter à un nouveau jeu, de miroirs, cette fois, et de pénétrer au plus profond de ce cerveau aussi perturbé que rayonnant. Cependant, malgré la classe et l’audace, The Third Murder, comme chaque nouveau film de Kore-Eda, se heurte au souvenir du sublime Nobody Knows, où le désespoir abyssal cotoyait la splendeur opalescente. Depuis, le cinéma du réalisateur Japonais se fait plus léger, mais aussi moins mémorable.

François Corda

| 11 avril 2018| Japon


 

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