La colère d’un homme patient
Raúl Arévalo

A considérer qu’il n’y ait pas de genre plus noble qu’un autre au cinéma, le vigilante souffre tout de même d’un postulat de base assez repoussant : il s’agit d’y sublimer la loi du talion, et le spectateur est prié de bien vouloir mettre sa morale de côté, merci. Ceci étant posé, les meilleurs vigilante ont ce mérite d’infuser, soit un peu de psychologie, afin que l’on s’identifie au mieux au personnage rongé par la haine (Mad Max, Le Vieux Fusil), soit l’outrance, dans la forme (Memento, Old Boy) ou le fond (l’ultra violence de J’ai rencontré le Diable). La colère d’un homme patient n’a à peu près aucune de ses qualités, José incarnant très bien le lac sans fond, beaucoup moins la tempête. José est mutique comme l’était le Dandieu de Robert Enrico (Philippe Noiret), mais, contrairement à ce dernier, il n’a pas d’histoire, c’est une coquille vide. Et lorsqu’il s’agit de se déchaîner sur les responsables de son malheur, c’est au fusil ou au couteau, sans états d’âme, mais sans passion non plus. Où sont le lance-flammes, le marteau ? La colère d’un homme patient est finalement trop peu cathartique, et pour José, éternel insatisfait qui rend les clés de sa vie gâchée à Curro et Ana comme on remet son manteau à la penderie en rentrant du travail, et pour le spectateur, qui assiste médusé au spectacle d’un homme incapable de guérir, que ce soit par la violence ou le temps qui passe. Petite vengeance, petit vigilante.

François Corda

 

Commencez à écrire et validez pour lancer la recherche.